Le biais d'impact est ce mécanisme par lequel notre cerveau surestime nos émotions futures : leur intensité, et surtout combien de temps elles vont durer. C'est le biais qui vous fait charger un sac d'expédition pour une balade de vingt minutes.
Je vais être honnête avec vous. Il peut m'arriver de renoncer à la prospection, à une soirée réseau ou à recontacter des clients, en me disant que ça ne va pas être positif comme résultat. Je n'ai encore rien fait, et j'ai déjà vécu la déception.
L'épisode complet en vidéo
Qu'est-ce que le biais d'impact ?
Vous connaissez ces phrases : « Ah non, moi je ne pourrais pas, j'ai trop peur qu'il arrive un truc. » Ou : « Imagine que ça tourne mal. » Gardez-les en tête.
La version positive marche pareil : « Je m'achète le nouvel iPhone, et là, tout ira mieux. » Sauf que le lendemain, le téléphone est déjà normal. L'euphorie est déjà partie.
Ces deux réactions viennent du même endroit. Les psychologues Timothy Wilson et Daniel Gilbert, qui étudient la façon dont nous prévoyons nos émotions (la « prévision affective »), l'ont décrit ainsi : nous surestimons l’intensité et la durée de nos réactions émotionnelles aux événements à venir (Wilson & Gilbert, 2005).
Un exemple concret : le sac à dos pour vingt minutes
L'exemple le plus bête du monde. Vous voulez aller marcher. Juste marcher. Et votre cerveau démarre. « Et s'il fait froid ? » La veste. « Et s'il pleut ? » Le parapluie. « Et si j'ai soif ? » Les gourdes. « Et si ça dure ? » Le pull.
Résultat : vous partez en expédition pour vingt minutes dans votre quartier. Vous ne vous êtes pas préparé à la réalité. Vous vous êtes préparé à une émotion que vous avez inventée, puis gonflée.
Au travail : un pied sur le frein
Avec la balade, c'est mignon. Dans votre vie, c'est un pied sur le frein. Sur votre liberté. Sur votre progression. Combien de fois n'avez-vous pas fait quelque chose, juste parce que vous aviez imaginé à l'avance à quel point ce serait horrible ?
Au boulot, c'est pareil. Vous ne prospectez pas : vous vivez déjà le « non ». Vous ne lancez pas votre projet : vous vivez déjà l'échec. Vous freinez avant même d’avoir commencé.
Et si vous ajoutez le biais de projection, croire que tout le monde pense comme vous, ce n'est plus un pied sur le frein. Ce sont les deux. Voiture à l'arrêt.
Vos équipes freinent-elles avant même d'avoir essayé ?
En faire une conférence →La méthode en 3 temps : reconnaître, ralentir, recadrer
Un : vous reconnaissez. Dès que vous vous entendez dire « imagine qu'il arrive ça », stop. C'est un signal. Votre cerveau exagère.
Deux : vous ralentissez. Une seule question : « Dans deux heures, j’en penserai quoi, vraiment ? » Dans deux heures, ni le froid, ni le « non », ni l'iPhone n'auront ce poids-là.
Trois : vous recadrez. Vous partez léger. Juste la veste. Vous testez.
La vraie bonne nouvelle
Votre cerveau exagère dans les deux sens. Le pire que vous redoutez ? La plupart du temps, il ne vient même pas. Et quand il vient, vous le gérez bien mieux que dans votre film catastrophe.
Ce n'est pas qu'une intuition. Dans une étude, 29 personnes souffrant d'anxiété généralisée ont noté leurs inquiétudes pendant 10 jours, puis suivi pendant 30 jours ce qui s'était réellement passé : 91 % de ces inquiétudes ne se sont pas réalisées (LaFreniere & Newman, 2020).
Alors quand la peur charge votre sac à dos, souvenez-vous : ce n'est pas la réalité qui pèse. C'est votre imagination.
Imaginer le pire en boucle a un cousin : la rumination mentale, cette petite voix qui rejoue le film catastrophe.
Questions fréquentes — biais d'impact
Qu'est-ce que le biais d'impact ?
Le biais d'impact, c'est la tendance de notre cerveau à surestimer nos émotions futures : leur intensité, et surtout combien de temps elles vont durer. On imagine qu'un échec sera horrible longtemps, ou qu'un achat nous rendra heureux longtemps. Dans les deux cas, on se trompe.
Le biais d'impact concerne-t-il seulement les peurs ?
Non. Il marche dans les deux sens. On surestime la douleur d'un « non » ou d'un échec, mais aussi la joie d'un nouvel achat. Le nouveau téléphone qui devait tout changer est déjà banal le lendemain.
Pourquoi le biais d'impact freine-t-il au travail ?
Parce qu'on vit l'émotion avant l'événement. On ne prospecte pas : on vit déjà le « non ». On ne lance pas son projet : on vit déjà l'échec. On freine avant même d'avoir commencé.
Comment se libérer du biais d'impact ?
En trois temps. Reconnaître : dès que vous vous entendez dire « imagine qu'il arrive ça », c'est un signal. Ralentir : posez-vous la question « dans deux heures, j'en penserai quoi, vraiment ? ». Recadrer : partez léger et testez.
Quel lien avec le biais de projection ?
Le biais de projection consiste à croire que les autres pensent comme nous. Ajouté au biais d'impact, on n'a plus un pied sur le frein, mais les deux : on imagine le pire, et on croit en plus que tout le monde le voit comme nous.
Votre défi cette semaine
Choisissez une chose que vous repoussez parce que vous imaginez déjà que « ça ne va pas bien se passer » : un appel, un message, une relance. Posez-vous la question des deux heures, puis faites-la. Et vous, quel « sac à dos » portez-vous en ce moment ?
Pose le sac et marche.
Sources
- Wilson, T. D. & Gilbert, D. T. (2005). Affective Forecasting: Knowing What to Want. Current Directions in Psychological Science, 14(3). doi:10.1111/j.0963-7214.2005.00355.x
- LaFreniere, L. S. & Newman, M. G. (2020). Exposing Worry's Deceit: Percentage of Untrue Worries in Generalized Anxiety Disorder Treatment. Behavior Therapy, 51(3). PMC7233480
Calix est conférencier B2B à Lyon — conférences sur les biais cognitifs, la prise de décision, la captation d’attention. +600 événements. Plus de 300 avis Google 5★.