Le biais de projection est ce mécanisme par lequel on prête aux autres nos propres pensées, nos propres envies, nos propres valeurs. On croit que ce qui nous fait vibrer fait forcément vibrer les autres.
Je vais vous confier un truc sur moi. Pour moi, une journée où je n'apprends rien, où je ne deviens pas une meilleure version de moi-même, c'est une journée perdue. C'est comme ça que je suis câblé. Je ne sais pas « chiller ». Le repos pur, la sieste sans but, regarder dans le vide… ça me met presque mal à l'aise.
Et pendant longtemps, ça a créé un problème que je ne voyais même pas. Comme j'adore apprendre, j'avais tout le temps envie d'apprendre aux autres. De partager. De transmettre. Sauf que les autres n'avaient pas toujours envie. Et moi, je me cognais à ce mur. Je dépensais une énergie folle à vouloir expliquer les choses.
Qu'est-ce que le biais de projection ?
Je partais du principe que puisque moi j'adore apprendre, tout le monde devait adorer ça. Que ma règle, « une journée sans progrès est une journée perdue », était une vérité universelle. Alors qu'en fait, c'était juste ma vérité. Mon moteur à moi.
Beaucoup de gens aiment rester dans leur confort, ce que l'on appelle aussi le biais du statu quo. Pourquoi apprendre comment tailler les arbres, comment fonctionne un lave-vaisselle ou comment fonctionne le rire, si l'on est très bien sans ?
Ses deux complices : faux consensus et décalage empathique
Ce biais ne vient jamais seul. Il traîne deux copains derrière lui.
Le premier, c'est l'effet de faux consensus. Cette croyance que la majorité des gens pensent comme nous. Quand on aime quelque chose, on surestime le nombre de gens qui l'aiment aussi. Non seulement je projetais mon envie d'apprendre, mais en plus je croyais que « presque tout le monde » était comme moi. Double erreur.
Le deuxième, c'est le décalage empathique chaud-froid. Quand vous êtes dans un état « chaud » (l'excitation, la passion), vous êtes incapable de vous mettre à la place de quelqu'un dans un état « froid ». Vous n'arrivez pas à ressentir, dans vos tripes, qu'une autre personne peut être parfaitement heureuse sans jamais rien apprendre de nouveau. Que le statu quo, pour elle, c'est du confort, pas de la stagnation.
Comment les trois s'emboîtent
La projection pose la base : « les autres sont comme moi ». Le faux consensus l'amplifie : « et ils sont nombreux à être comme moi ». Le décalage empathique verrouille le tout : « je ne peux même pas imaginer qu'on soit différent ».
Résultat : on passe son temps à pousser des gens vers une porte qu'ils ne veulent pas franchir.
Vos managers projettent-ils leur propre motivation sur leurs équipes ?
En faire une conférence →Un exemple concret : le livre et l'oncle
Vous êtes à un repas de famille. Vous venez de lire un livre incroyable qui a changé votre vision du monde. Vous commencez à en parler avec passion à votre oncle. Vous expliquez, vous argumentez, vous voulez qu'il voie ce que vous avez vu.
Et lui, il hoche la tête poliment, change de sujet, reprend du dessert. Vous ressortez frustré, vidé. Lui, il n'a rien demandé. Il était très bien avant que vous arriviez.
La solution : un mot, et une seule question
Un mot : j'accepte. En vieillissant, j'ai appris à accepter qu'on ne puisse pas être identique à moi. Que les gens veuillent rester avec leurs connaissances, sans en chercher d'autres. C'est difficile, ça me demande un effort. Mais ça libère cette énergie folle que je gaspillais. S'ils sont heureux, alors pas de problème.
Une question. Avant d'enseigner quoi que ce soit à quelqu'un, posez-lui une seule question : « Est-ce que tu veux que je te partage ça ? » Si c'est oui, allez-y à fond. Si c'est non, gardez votre énergie. Vous n'êtes pas là pour convertir le monde à votre soif d'apprendre.
Au fond, la vraie sagesse, ce n'est pas d'apprendre tous les jours. C'est d'accepter que les autres ne soient pas vous. Et c'est peut-être la plus belle chose à apprendre.
Projeter ses envies sur les autres a un cousin : projeter ses attentes sur eux, jusqu'à les voir se réaliser. C'est le sujet de l'article sur la prophétie autoréalisatrice.
Questions fréquentes — biais de projection
Qu'est-ce que le biais de projection ?
Le biais de projection est le mécanisme par lequel on prête aux autres nos propres pensées, nos propres envies et nos propres valeurs. On part du principe que ce qui compte pour nous compte forcément pour eux.
Quelle différence avec l'effet de faux consensus ?
Le biais de projection pose la base : « les autres sont comme moi ». L'effet de faux consensus l'amplifie : on croit en plus que la majorité des gens pensent comme nous. Quand on aime quelque chose, on surestime le nombre de personnes qui l'aiment aussi.
Qu'est-ce que le décalage empathique chaud-froid ?
Quand on est dans un état « chaud » (passion, excitation), on est incapable de se mettre à la place de quelqu'un qui est dans un état « froid ». On n'arrive pas à ressentir qu'une autre personne peut être parfaitement heureuse sans ce qui nous anime.
Comment éviter le biais de projection ?
Avant d'expliquer ou d'enseigner quoi que ce soit, posez une seule question : « Est-ce que tu veux que je te partage ça ? » Si c'est oui, allez-y à fond. Si c'est non, gardez votre énergie. Et acceptez que les autres ne soient pas vous.
Pourquoi c'est important en entreprise ?
Un manager ou un collègue qui projette sa propre motivation sur les autres dépense une énergie folle à pousser des gens vers une porte qu'ils ne veulent pas franchir. Demander avant de partager évite la frustration des deux côtés.
Votre défi cette semaine
La prochaine fois que vous sentez monter l'envie d'expliquer quelque chose qui vous passionne, posez d'abord la question. Et observez la réponse. Et vous, à quel moment vous sentez-vous en décalage ?
Calix est conférencier B2B à Lyon — conférences sur les biais cognitifs, la prise de décision, la captation d'attention. +600 événements. Plus de 300 avis Google 5★.