Tu as déjà entendu cette phrase en réunion : « on a déjà mis 200 000 € dedans, on ne va pas arrêter maintenant ». C'est exactement le biais dont on va parler.
Définition
Le sunk cost fallacy (biais du coût irrécupérable), c'est continuer un projet parce qu'on y a déjà mis beaucoup — argent, temps, énergie — même quand tout indique qu'il faut arrêter. L'argent déjà dépensé ne devrait jamais influencer une décision future : il est perdu, quoi qu'il arrive. Mais ton cerveau refuse ce raisonnement.
L'exemple qui a donné son nom au biais
Le Concorde : la France et le Royaume-Uni ont continué à financer l'avion pendant des années malgré une évidence économique claire, précisément parce que les sommes déjà englouties semblaient trop importantes pour « abandonner ». Le biais est parfois surnommé Concorde fallacy pour cette raison.
Où ça te coûte cher en entreprise
- Un projet interne qui ne marche plus mais qu'on prolonge « vu ce qu'on y a mis ».
- Un recrutement raté qu'on ne corrige pas parce qu'on a déjà investi 3 mois de formation.
- Un outil ou un contrat gardé « pour rentabiliser » alors qu'il ne sert plus à rien.
La question qui débloque
À chaque revue de projet, pose cette seule question : « si je démarrais ce projet aujourd'hui, de zéro, est-ce que je le lancerais ? » Si la réponse est non, la bonne décision est d'arrêter — pas de prolonger parce que tu as déjà payé.
C'est la question que j'entends le plus souvent en coulisses, avant une conférence, quand un dirigeant me parle de son projet zombie. Il connaît déjà la réponse. Il a juste besoin qu'on la lui pose à voix haute, devant quelqu'un.
Pourquoi c'est si difficile à voir de l'intérieur
Le sunk cost fallacy est renforcé par un second mécanisme : l'escalade d'engagement (escalation of commitment), documentée par le chercheur Barry Staw dès 1976. Plus une personne a défendu publiquement une décision — un projet, un recrutement, une stratégie — plus il lui est coûteux psychologiquement d'admettre qu'elle avait tort. Abandonner ne veut alors plus seulement dire perdre l'argent déjà investi : ça veut dire reconnaître une erreur devant les autres. C'est cette double peine qui explique pourquoi certains projets manifestement morts survivent des années.
D'autres exemples que le Concorde
- Cinéma : une suite de film est mise en production malgré un scénario faible, parce que les droits et le casting sont déjà payés.
- Tech interne : un logiciel maison continue d'être développé alors qu'une solution du marché ferait mieux pour moins cher, parce que "l'équipe y travaille depuis 3 ans".
- Relations professionnelles : un partenariat commercial est maintenu bien après avoir cessé d'être rentable, par fidélité à l'historique plutôt qu'à l'intérêt réel.
Le protocole pour trancher sans se mentir
- Isoler la question : "combien coûterait ce projet à partir d'aujourd'hui, pour le résultat attendu ?" — sans regarder en arrière.
- Comparer ce coût futur à l'alternative (arrêter, ou investir ailleurs le même montant).
- Faire trancher quelqu'un d'extérieur au projet, qui n'a rien à perdre en termes de réputation à dire "arrêtez".
- Nommer explicitement l'argent déjà dépensé comme "non pertinent pour cette décision", à voix haute, en réunion — ça aide plus qu'on ne le croit.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le sunk cost fallacy ?
Le sunk cost fallacy (biais du coût irrécupérable) consiste à continuer un projet à cause de ce qu'on y a déjà investi, alors que cet argent ou ce temps est de toute façon perdu et ne devrait pas influencer la décision future.
D'où vient l'exemple du Concorde ?
Le Concorde a été maintenu en exploitation pendant des années malgré une évidence économique défavorable, en partie parce que les sommes déjà investies semblaient trop importantes pour abandonner le projet — d'où le surnom "Concorde fallacy".
Comment éviter le sunk cost fallacy ?
Se demander, à chaque revue de décision : "si je démarrais ce projet aujourd'hui de zéro, est-ce que je le lancerais ?" Si la réponse est non, il faut arrêter plutôt que prolonger.
Qu'est-ce que l'escalade d'engagement ?
L'escalade d'engagement (Barry Staw, 1976) est le mécanisme qui aggrave le sunk cost fallacy : plus une personne a défendu publiquement une décision, plus il lui coûte psychologiquement d'admettre son échec, ce qui la pousse à persévérer au lieu d'arrêter.
Le sunk cost fallacy touche-t-il aussi les décisions personnelles ?
Oui, très largement : finir un repas déjà trop copieux parce qu'on l'a payé, rester dans une formation qui ne convient plus parce qu'on l'a déjà commencée, ou continuer une relation par les années déjà investies plutôt que par ce qu'elle apporte réellement.
Calix est conférencier mentaliste B2B à Lyon — conférences sur les biais cognitifs, la prise de décision, la captation d'attention. +600 événements. 300 avis Google 5★.